Москва

Cathédrale Saint Basile

Moscou n’est pas une ville où l’on se promène. La ville n’a pas le charme qui mérite la flânerie, les distances sont très grandes et surtout la lada voiture règne en maître. Je n’avais jamais vu des routes à quatorze voies (7 dans chaque sens) à l’intérieur d’une ville. Les passages piétons sont rares, il faut plutôt chercher les passages souterrains et ne pas perdre de vue la direction dans laquelle on voulait aller, car bien sûr, dans les couloirs on n’a plus aucun point de repère. Et je n’ose pas vous parler de la météo, je ne sais même pas si c’est légal d’avoir des températures qui frôlent le 0° et de la neige en Avril ! Pour être honnête, c’était un temps exceptionnel pour la saison.

Les trois jours que j’y ai passés étaient bien sûr trop courts pour faire le tour d’une si grande ville, surtout quand on passe la plus grande partie de la journée en rendez-vous professionnels. A part mes déplacements, je n’ai pu visiter que la Place Rouge qui est bordée par le gigantesque ensemble architectural du Kremlin, l’Eglise St Basile, le musée historique et le magnifique bâtiment du Gum, un centre commercial luxueux, qui était ouvert un dimanche de Pâques jusqu’à 22h comme tous les jours de la semaine. On ne peut pas imaginer de plus grande ironie que cette immense galerie qui étale toutes les enseignes du luxe français et international sous ses longues arcades de verre juste en face de l’austère mausolée de Lénine.

Mausolé de Lenine Gum

Le métro moscovite est une véritable aventure. Les escalators sont vertigineux et la signalisation est exclusivement en Russe, c’est-à-dire en caractères cyrilliques. Il s’agit donc de comparer le nom de la station qu’on espère atteindre avec les noms inscrits. Bien sûr, on apprend vite à connaître quelques lettres mais le déchiffrage est fastidieux. Par exemple, le ‘P’ se prononce ‘R’, c’est la lettre grecque ‘pi’ qui se prononce ‘P’, le ‘B’ se prononce ‘V’, le ‘H’ se prononce ‘N’, le ‘N’ renversé se prononce ‘I’, le ‘C’ se prononce ‘S’… Vous avez suivi ? (Interrogation surprise: que signifie PECTOPAH ?) A part ça, j’étais très étonné de découvrir des stations spacieuses et propres, recouvertes de marbre blanc où les voyageurs se déplaçaient en flots denses mais ordonnés (gare à vous si vous voulez faire demi-tour !). Il y a certains trucs à savoir, comme le fait que les bagages nécessitent un ticket supplémentaire. Je l’ai compris quand je suis resté coincé au portillon et que l’employée du métro me montrait le guichet du doigt en répétant « Bagage ! Bagage ! ».

J’ai eu la chance, pendant mon séjour, de rencontrer de nombreux Moscovites ce qui a m’a permis de réviser les quelques préjugés que j’avais à l’égard des Russes. Ceux que j’avais pu rencontrer jusque-là m’avaient toujours semblé très froids et inexpressifs. Je ne parle pas Russe et les Russes parlent rarement Français. Le fait de devoir s’exprimer dans une langue tierce, l’Anglais, ne facilite pas les choses. De plus, je suis habitué à rencontrer des Américains qui sont très extravertis et familiers dès le premier abord. En réalité, si on prend le temps de discuter sans se laisser déstabiliser, on découvre que les Russes sont souvent des gens très sympathiques qui ont un grand sens de l’humour et de l’hospitalité.

J’ai même passé une excellente soirée en compagnie de deux jeunes femmes russes dans un restaurant marocain. Je vous rassure nous étions un groupe d’une douzaine de personnes (d’Italie, de Grèce, des Etats-Unis, d’Autriche, d’Espagne, du Maroc et d’Amérique du Sud). Si vous voulez un petit conseil qui n’a rien à voir, la présence d’un Italien est l’assurance d’une soirée réussie. Si vous en avez deux, c’est encore mieux. J’avais déjà remarqué que le Liban a coutume de se rappeler à moi dans les moments les plus inattendus. Eh bien ce soir là, c’était cette jeune Russe qui m’a appris qu’après deux ans de préparation, elle avait enfin réalisé son rêve de passer quelques jours à Beyrouth en février dernier. Elle m’a avoué qu’elle n’aimait pas particulièrement Paris, qui était par ailleurs une très jolie ville, mais qu’elle avait eu un véritable coup de foudre pour Beyrouth, à tel point qu’elle s’imaginait y vivre.Et voilà que je me retrouve à expliquer à Svetlana le peu que je connais sur les conditions de vie au Liban. Bizarrement, je n’ai pas pensé à évoquer un de mes cousins, que je vois certes très rarement, qui a fait ses études en Russie et qui en est revenu avec un diplôme en poche et une blonde au bras.

Moscou est parsemé de l’image de St Georges. Il est représenté sur les armoiries de la ville mais aussi sur celles de la Russie. La légende veut qu’il ait terrassé le dragon à Beyrouth, mais il est vénéré dans de très nombreux pays. Je ne serais pas étonné qu’il se prenne pour un cupidon et qu’il s’amuse à rendre le monde amoureux de la montange libanaise et de ses habitants.

21 réponses vers «Москва»

  1. Ekios dit :

    Des billets rares mais qui imprègnent le lecteur !! Dommage que les photos ne soient pas plus grandes que ça ;)

    Beau texte tovarish ;)

  2. WIL dit :

    Très bonne idée pour une Russe d’aller habiter au Liban ! Elle trouvera sûrement du travail à la hauteur de son coup de foudre.

  3. mc dit :

    dans mon petit village pas loin du Lycée international j’ai la chance de rencontrer des gens de toutes les nationalités…dont une russe !!

    ce qui me fait penser à ce qu’à dit le créateur de kirikou :
    “je savais qu’il existait au moins 2 mondes, qui m’ont surement élargi l’esprit, chacun croyant être le “normal”!”

    les routes démesurées et le métro russe, très beaux il parait !

    et tu as mangé quoi au PECTOPAH?

  4. marie dit :

    vu comme ça, la russe a de l’avenir au liban.
    et oui slach, tu as mangé quoi au PECTOPAH? du choux et des betteraves avec de la chantilly au poivre? ;-)

  5. mc dit :

    ou alors un chausson de pâte feuilletée farcie au riz, aux oeufs durs et au saumon…

  6. Marie2 dit :

    J’ai également passé 3 jours à Moscou, mais à l’époque de l’Union Soviétique. On avait profité d’un séjour en Bulgarie pour aller faire un petit tour (bien encadré) là-bas.

    J’ai été très surprise par les stations de métro très luxieuses et très belles par rapport au reste de la ville très austère.

    Nous sommes allés dans un grand magasin. Rayon vêtements tout était uniforme, les couleurs (gris ou marron clair si je me souviens bien), les formes….. Très peu de choix et chaque article en de nombreux exemplaires. Pareil d’ailleurs pour les autres rayons.

    J’ai eu aussi ma petite expérience avec des Italiens pendant ce voyage. C’était dans le vieux petit coucou de l’Aéroflot qui nous transportait de Sofia à Moscou. (En rentrant dans l’avion j’avais failli faire demi-tour, n’ayant pas envie de mourir si jeune !). La majorité des passagers étaient des Italiens. Au milieu du vol nous avons été pris dans de très grosses perturbations et l’appareil s’est mis à bouger dans tous les sens avec des bruits incroyables comme si l’avion allait se disloquer. Et là, pour me rassurer, voilà que tous les Italiens se mettent à faire des signes de croix en série et à réciter des prières !! Nous avons dû atterrir tant bien que mal à Kiev. On nous a enfermés dans une toute petite salle, debout, serrés comme des sardines et surveillés par des hommes en armes. Et on est restés comme ça pendant 2 heures.

    Autre souvenir : pendant l’attente à l’aéroport au retour, j’ai vu sur un présentoir de petites brochures que je pensais être touristiques jusqu’au moment où j’ai lu les titres : “Vivre, travailler, étudier en léninistes”, “Un grand exploit du parti et du peuple”, “Ideology : The role of the communist party.” et d’autres encore…. J’ai gardé ces petits souvenirs fort instructifs…

  7. slacher dit :

    Ekios: Spasiva !

    Wil: et ça vient d’un soit-disant féministe.

    mc, marie : Il est russe kiriou ? :)
    Au pectopah, j’ai mangé du couscous ;) J’ai juste goûté une plat russe, une soupe rouge avec des oignons et de la viande. Pas mauvais quand il fait froid.

    Marie2: incroyable de penser que cette période n’est pas si éloignée. Heureusement que les choses ont changé.

  8. Delirious dit :

    juste un pti coucou :)

    ca fait plaisir de lire tes (rares!) posts.

    le prenom de Svetlana m’a rappele un sketch de Joe Kdeih dans une standup comedy que j’ai vue il n’y a pas tres longtemps: c’etait une danseuse dans un ’super night club’ libanais qui ne savait dire (aux hommes) que quelques mots en anglais, genre ‘I need to recharge my cellular’ et 2 ou 3 autres expressions de ‘consommation’ de ce genre.

    comme quoi WIL n’a pas tellement tort…

  9. WIL dit :

    Slach, il ne s’agit pas d’être soi-disant féministe comme tu me qualifies avec hauteur, mais de se rendre compte que les Libanais utilisent les femmes russes d’une seule façon hélas bien connue. Prends-t’en à la société, pas au messager.

  10. Ekios dit :

    WIL qui cause de hauteur … mon égo sourit. :mrgreen:

  11. slacher dit :

    Delirious: ah tu t’y mets toi aussi !

    Wil: C’est juste que c’était un peu facile, tu m’as habitué à mieux que ça.
    Et le “féministe”, c’était juste pour t’énerver. ;)

    J’ai oublié de mentionner que dans le magazine Air France, il y avait un article sur Beyrouth par Serge Moati avec de très belles photos.

  12. Maquettes dit :

    Slash,c’est ruskie business! :)
    Pardon pour le jeu de mot pourri…sinon je crois que la soupe rouge c’est le bortsch.Un genre de kloug liquide.

  13. slacher dit :

    Maq: c’est ça, c’est Bortsch. Tiens, je ne savais pas qu’il y avait de la betterave.

  14. Nat dit :

    C’est Pâques en retard! Bzourat ressuscite!
    Bortsch, rien que le nom met l’eau à la bouche…:S

  15. slacher dit :

    Nat: Mais Bzourat n’est jamais mort. Il était en hibernation tout au plus. ;)

  16. bee dit :

    Je suis très jalouse. :o ) Très beau post Slach’. J’adore la culture russe, et la discrétion trompeuse du peuple russe que tu décris si bien dans ton billet. En fait on trouve rarement un Russe qui ne pratique pas une activité artistique. Je pense que c’est l’un des rares avantages du communisme, qui a démocratisé l’art en le mettant à la portée de tout le monde. J’ai connu beaucoup de Russes au Liban, dont ma meilleure amie. Ceux que j’ai connus sont des profs de piano, de danse ou de peinture, des modélistes ou des traducteurs.
    Et j’aime beaucoup la danse des soldats russes, je crois que notre dabké doit beaucoup aux danses des pays d’Europe de l’Est:
    http://www.youtube.com/watch?v=Vfx0OcammHU
    Je ne sais pas pourquoi je parle de danse mais bon…
    WIL, je suis sûre qu’il y a des jeunes filles Roumaines ordinaires qui aimeraient bien vivre à Paris.

  17. bee dit :

    le lien :

  18. mc dit :

    on aime la même danse bee :)

  19. slacher dit :

    Désolé pour mon absence, en Sicile, j’étais revenu en 95 niveau internet.
    Merci Bee. Est-ce que tes amis rousses sont rousses ?(jeu de mot, à lire avec l’accent libanais :) )
    Wouah! C’est très gracieux un soldat russe !

  20. marie dit :

    alors, t’as trouvé que les paysages siciliens ressemblent à ceux du liban?

  21. mc dit :

    mange-t-on bien comme au Liban ?

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